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Articles de la catégorie ‘Poetry’

20
Mar

Deux mois de découverte


Le patch pour traiter la voix de Gilbert Desmée en temps réel s’affine, le traitement avec le 285e, le Balanced Modulator et le Frequency Shifter combinés permet des modulations intéressantes associées à la surface tactile, le 222e.
Deux mois déjà avec mon Buchla 200e System #5. Deux mois de découverte intensive pour apprendre à maitriser ce synthé, assimiler la philosophie Buchla, comprendre les modules. Après 60 jours, je ne prétends pas avoir une connaissance du système qui puisse me permettre de faire ce que je veux et comme je le veux. J’aime bien les machines versatiles comme l’Ems Synthi Aks mais si j’ai revendu le mien au bout de 15 ans au profit d’un Yamaha SY99 – que j’ai toujours et qui a été la pièce maitresse d’une importante création multimédias (tableaux virtuels en 3 D projetés et musique), La Grande Bleue, autour des vitraux d’Alfred Manessier en l’église Saint Sépulcre à Abbeville (avec église entourée de projecteurs pour recréer l’effets des vitraux -l’équivalent d’un spectre harmonique mais visuel – sur la pierre des voutes), c’est parce que l’Ems était trop versatile. Avec le SY99, je retrouvais les timbres que j’avais créés.
Quand j’ai choisi d’investir dans le Buchla – pour finir mes vieux jours en musique – après avoir vu les vidéos de Lyonel (elles me fascinent de par sa maîtrise, quand je vois ce qu’il fait avec ses deux gros systèmes), J’avais en tête ce qu’en faisait Morton Subotnick (c’est lui qui m’a donné depuis 30 ans l’envie d’avoir un Buchla après l’avoir vu à l’Ircam en 1981) mais l’écoute de ce qu’en faisait aussi Barry Schroeder ou Keith Fullerton Whitman m’a confirmé que ce synthé dans sa série 200e me permettrait d’avoir aussi bien un rendu versatile (en patchant à la volée, en impro, en testant et découvrant) que des timbres quasi précis (ce qui suppose peu de modulations évolutives) tout en obtenant aussi des sons que j’appelle Ircamiens (dans la lignée de Mutations de Jean Claude Risset fait avec Music 10 (et qu’on peut recréer avec CSound).
Bref un synthé permettant l’exploration sonore mais aussi pouvant être précis (avec une dose quand même d’improbabilités).
Et bien le Buchla, c’est tout ça à la fois. Il est ouvert sur l’exploration sonore – et où je retrouve mes réactions acquises avec l’Ems Synthi Aks mais aussi très précis. Avec ma carte son Motu 828 Mk3 et ses outils (FFT, oscilloscope, tuner), je suis en train de me faire un relevé vidéo de ce qui sort des oscillateurs, de leurs fréquences, de leur stabilité.

Les formes d’ondes du 259e, oscillateur numérique
Qui est pour moi assez étonnante avec le 259e et les deux 261e. Un écart de 2 à 3 cents, c’est quand même pas mal comme on peut le voir ci-dessus avec le 259e. Et outre le fait, qu’il répond parfaitement aux séquences midi que je fais avec Max for Live (dont certaines assez rude en terme de flux midi), le fait de pouvoir sauvegarder les réglages d’un patch dans un panel de 30 presets est vraiment très pratique. En plus, critère important pour moi, les timbres du Buchla se marient très bien avec les timbres de la banque Ircam Solo Instruments (instruments et jeux contemporains joués par les membres de l’Ensemble Intercontemporain) et aussi Brass 2. Ce qui me donne une vaste palette sonore que je commence à explorer.
Chant de Gilbert Desmée
Sinon, après deux mois de découverte intensive – je l’ai fait module par module comme quand je travaillais aux labos de la Snecma ou de Creusot-Loire, avec des essais méthodiques (ça m’a bien servi cette formation scientifique imposée par mon père alors que j’étais littéraire), je suis partagé entre deux constats. L’un est de se dire que la machine est complexe – il y a sur Muffwigler un débat sur un manuel plus fourni, et où certains ont tendance à dire [i]mais non, le Buchla est très intuitif, il suffit de lire les sérigraphies sur les modules où tout est indiqué[/i] – et d’autres souhaiteraient un manuel donnant des exemples pour faire des patchs.
Pour ma part, disons que pour certains modules, j’aimerais bien quelques pistes pour les découvrir ensuite par soi-même. Je pense notamment à la surface tactile que je commence à relativement bien maîtriser en assignant des CV, des fréquences aux différentes touches, de jouer sur les fréquences et les enveloppes, itou pour les deux capteurs spatiaux infrarouge (en jouant sur leur position (3 dimensions) dans l’espace on peut agir très finement sur des modulations ou sur les fréquences) , les dynamiques.
Par contre, je bute un peu sur les affectations des pulses. Il y en deux que je maîtrise bien, départ et arrêt du séquenceur 250e, le contrôle des formes d’ondes du 261e via une des touches programmées de la surface tactile mais après je suis actuellement en cours de recherche pour des déclenchements et arrêts d’évènements. Je pense aussi aux possibilités de contrôle midi avec les contrôleurs midi mais ça je ne me suis pas encore penché dessus.
Sinon, tout ce qui concerne les oscillateurs 259e (que j’aime beaucoup car pouvant être assez sauvage) et 261e, les enveloppes, le 210e qui permet de router signaux audio et CV (bien pratique ce module), le 266e Source of Uncertainty pour des flux aléatoires, faire des S & H, le 291e Triple Morphing Filter, ne posent pas de problème. Et une fois qu’on a assimilé – je n’avais jamais travaillé avant avec un modulaire – la philosophie du Buchla, c’est effectivement très intuitif pour la quasi totalité des modules.
Aujourd’hui, après deux mois, je me rends compte que je me sers très peu du séquenceur 250e, c’est pas ma culture. Je préfère mes séquences faites avec Open Music ou Max for Live. Mais bon, je vais creuser car si je ne m’en sers pas pour les pitchs, je pense qu’au niveau des contrôles CV, il y a des choses à faire. Mais en même temps, je ne peux m’empêcher de penser que plutôt que le séquenceur 250e, j’aurais du prendre deux autres oscillateurs ou deux autres modules. Mais peut-être que dans deux mois, j’infirmerais ce que je viens d’écrire sur ce 250e. D’autant que tout le monde s’accorde à penser que c’est un module très puissant.
En tout cas, un de mes préférés, est sans conteste, le 285e Frequency Shifter/Balanced Modulator que j’utilise maintenant en combinant les deux fonctions ensemble. Comme il peut recevoir un signal extérieur, je retrouve mes réflexes de traitements audio que je faisais avec l’Ems Synthi Aks mais en plus puissant en contrôlant les oscillateurs, les enveloppes, les dynamiques, panoramique, etc.
Avec la surface tactile. Je suis en train de travailler sur un long poème de Gilbert Desmée qui va être publié en avril prochain pour une création en live, et là, j’arrive à avoir avec la surface tactile et le 285e un traitement en temps réel qui commence à vraiment me plaire, tant au niveau des hauteurs, déplacements dans l’espace, les enveloppes, bref ça bouge, la voix devient un instrument électronique. Et ce d’autant plus, et là c’est aussi un clin d’oeil que je viens tout juste d’explorer, je peux aussi passer la voix de Gilbert dans l’émulation de l’Ems Synthi Aks de Ludwig Rehberg pour obtenir à des moments très précis une voix percussive, voire imbriquée dans des FX typiques de l’EMS. Ci-dessous, une illustration :

La voix de Gilbert Desmée est passée dans le Vst Ems Avs avant d’entrer dans le Buchla. L’enveloppe de l’Ems Avs combinée à une séquence aléatoire permet d’obtenir une voix percussive. Les effets sont ceux d’Ableton Live.

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28
Fév

Une approche vers les performances

Je continue ma découverte de mon Buchla système #5. Et  jour après jour, je prends conscience de la puissance de ce synthétiseur. Pour la découvrir, il faut être patient, méthodique, et explorer. Je retrouve quelque part la diversité offerte par mon ancien EMS Synthi Aks que j’ai eu durant 15 ans. Je l’avais acheté à André Stordeur juste après notre sortie du stage à l’Ircam durant l’été 1981. André quittait Bruxelles afin de rejoindre l’équipe de Morton Subotnick. Ce dernier travaillait sur sa pièce Ascent to Air pour la station musicale 4C puis 4X de l’institut et il nous avait expliqué son travail en cours et montré son Buchla. Je me souviens d’avoir été fasciné par la beauté de cette machine. Et sans m’en rendre compte, ce Buchla était bien présent dans ma mémoire. Il fit l’objet avec Mortons Subotnick  d’un de mes premiers sujets pour les Chroniques de la Mao avec les photos que j’avais prises à l’Ircam de cet instant précieux.  D’ailleurs, intense satisfaction quelque part, Morton Subotnick, dans sa rubrique Photos de son site fait un lien sur les Chroniques de la Mao. J’ai dû être à l’époque le seul à avoir pris ces photos.

Trente ans plus tard, j’ai investi dans un Buchla et Morton Subotnick est toujours bien présent musicalement. Il a participé récemment au Transmediale 2011 et il y a cette vidéo/interview reprise par MatrixSynth à partir du site Mother Board dans ses chroniques Electric-Independence où il y a d’excellentes choses à découvrir. On voit Morton Subotnick chez lui et comme sur la vidéo de sa performance au Transmediale, on se rend compte qu’il travaille chez lui avec un système Buchla et Ableton Live. Dans le cadre de son concert au Transmediale, je m’étais dit qu’il devait lancer ses samples avec la fonction  Launch et effectivement, sur le très bref plan sur Ableton Live, on aperçoit distinctement la disposition de ses échantillons et en bas la fenêtre pour programmer leurs déclenchements aléatoires ou non. Sinon, les quelques notes d’introduction que l’on peut entendre au début de l’interview vont dans le sens de l’esthétique que je recherche.

J’ai toujour pensé qu’Ableton Live – et plus encore avec l’intégration de Max Msp – était pour les compositeurs de musique électronique contemporaine un fabuleux outil. Morton Subotnick me renforce dans cet esprit. Sinon, pour revenir à la découverte de système Buchla, j’ai continué à explorer les possibilités offertes par le module 285e, le Frequency Shifter et dans sa fonction Balanced Modulator à partir d’un patch relativement simple et utilisant le 222e, le Multi-Dimensional Kinesthectic Input Model, en un mot la surface tactile programmable. Cette dernière est  un outil vraiment fantastique avec ses différentes touches. Les principales peuvent être programmées selon différents critères, dont un accordage sur sur chacune d’entre elles très précis – il faut que j’explore la microtonalité – et avec des déclenchements différents selon les choix retenus : pression, glissement, enclenchement, position. Les touches du haut peuvent être affectées à des procédures particulières comme le lancement et l’arrêt du séquenceur tandis que les deux moyennes surfaces, à gauche et à droite, tout en bas, permettent là aussi une programmation de déclenchement combinant plusieurs possibilités, du tactile, de la pression, du glissement pour agir interactivement avec les fréquences, les enveloppes, le rythme.  Et c’est diablement puissant. Avec mon ancien Ems Synthi Aks, j’avais aimé le joystick  (que je retrouve sur l’Origin Arturia) afin d’agir en temps réel sur l’évolution d’une séquence, mais là, la surface tactile est mille lieues en terme de contrôles multiples. C’est une autre philosophie, une autre galaxie. Enfin, toujours en découverte,  j’ai testé la sauvegarde des presets, une fonction inédite dans le monde des modulaires où à chaque fois, il faut recommencer à patcher. J’étais d’ailleurs toujours un peu dans cet esprit. Et puis, là, je découvre là aussi, un outil fantastique qui permet de sauvegarder les réglages autres que le câblage physique. Autant de sauvegardes (30) qui facilitent la vie et qui peuvent être aussi le point de départ de nouvelles explorations sonores.

Donc, en haut, une petite mise en bouche rythmique et ci-dessous, un Work in Progress sur un projet autour du poème Chant de Gilbert Desmée qui doit être publié dans les semaines à venir. Je voulais voir comment réagissait le Buchla sur une transformation de la voix avec un contrôle tactile. Ce n’est qu’un début mais le fait de pouvoir contrôler tactilement la voix de Gilbert, avec le geste aussi me laisse entrevoir de multiples possibilités. Cela ouvre des perspectives de performances à venir.